Les néons du Carrefour crachent leur lumière froide. Caisses bondées, scanners qui bipent sans fin. J’assure les rouleaux de monnaie, roller agile sur mes patins. Cheveux bruns raides aux épaules, maquillage léger, regard dur de chef d’équipe. Sous mon uniforme strict, mon corps bout. Appétit sexuel dévorant, coincé dans ce cadre pro étouffant. Ben passe à la caisse. Dix-neuf ans, air timide, yeux qui glissent sur moi. Nos doigts s’effleurent sur les billets. Électricité. Tension immédiate. Il range ses sacs, s’attarde. Je le fixe, dure. Il part. Mais je sais. Il reviendra.
Fin de service. Vingt heures. Nuit tombe. À l’arrêt bus, lascars friment avec leur bâton. Scooter vrombit. Ben. ‘Salut. Tu vas attendre longtemps. Je te raccompagne ?’ Dégage, craché sec. Il hausse les épaules, démarre. Hé ! J’hésite. Risque monte. Dix lascars vaut mieux un timide. Je trottine, monte derrière. Mes mains serrent sa taille ferme. Parfum de sueur jeune. Aux Cerisiers, son torse chauffe mes paumes. Il descend, supplie. ‘Je suis venu pour toi.’ Je souris, froide. ‘Savouré bien, je pars dans une semaine.’ Porte claque. Boîte aux lettres. Il note son numéro sur une pub. ‘Je te revois demain.’ Jeu lancé. Mon ventre palpite.
L’Approche
Dix heures. Rayons céréales. Il erre. M’approche. ‘J’achète du café.’ Yeux levés au ciel. Mais il insiste. Pause à deux heures. Quick. Je ziguezague sur rollers, cœur bat. Devant le magasin, il m’attend. Scooter. Ses mains sur moi ? Non, les miennes enserclent fort. Quick bondé. Menus frittes. Rire éclate. Dents blanches. ‘Tu dragues souvent ?’ ‘J’sais pas draguer.’ Amusée. Puis : ‘T’y connais en PC ?’ Chez moi. Il répare. Dans l’ascenseur, nos corps collés. Parfum. Chaleur. PC neuf. ‘Fatiguée.’ Porte. Il tente : ‘Je vais t’embrasser.’ Clac. Portail au nez. Mais nuit appelle. Trois heures. SMS : Viens.
L’Explosion
Il déboule. Hall sombre. Je l’agrippe par le sweat. Lèvres écrasées. Goût fraise. Langues s’emmêlent. Boîtes aux lettres contre son dos. Gémis. ‘Hum, Ben.’ Ascenseur. Cou mordillé. Porte verrouillée en hâte, clé tremble. Clac sec. Chambre. Sweat arraché. Mon maillot de foot vole. Seins nus, petits, durs. Il suce mamelles. Langue tourne. ‘Oh putain, Ben.’ Pantalon coton glisse. Culotte blanche trempée. Toison noire. Cicatrice bassin. Il lèche à travers tissu. Feu. Cuisses serrent sa tête. Langue fouille chatte. Lèvres gonflées lapées. Cris étouffés. ‘Oui, bouffe-moi.’ Mais stop. Séro. Larmes. ‘Va-t’en.’ Il refuse. ‘Préservatifs.’ Capote sort de sa poche. Rage. Tendresse. Il me renverse. Bite dure jaillit. Capote enfilée vite. ‘J’ai envie de ta queue.’ Il enfonce. Brut. Sec. Bureau ? Mon studio, terrain charnel. Lit grince. Couvre-moi. ‘Baise-moi fort, timide.’ Hanches claquent. Moiteur suintante. Sueur coule sous néons chambre. Imprimante bourdonne au loin, pubs sorties. Risque : voisin-collègue pourrait entendre. Adrénaline explose. ‘Plus profond, salope-toi.’ Orgasme déchire. Il jouit, grogne. Corps tremblants.
Calme tombe. Lit défait. Capote nouée, jetée. Je me rhabille. Maillot foot. Uniforme pro prêt pour demain. ‘Dors.’ Il part, scooter vrombit. Moi ? Masque ambitieuse. Demain, Carrefour. Regard dur. Comme si rien. Tension enfouie. Appétit repu. Temporaire.