La musique résonnait déjà dans la grande salle quand je suis entrée dans le jardin d’hiver du manoir du Loing. Les invités n’arriveraient que dans deux heures, mais les compositions devaient être parfaites. Mes doigts glissaient sur les tiges de lierre encore humides de rosée, cherchant l’équilibre entre sauvage et raffiné. La lumière du soir filtrait à travers les vitres anciennes, baignant les plantes d’un éclat doré.
À trente-deux ans, j’avais appris à transformer l’urgence en opportunité. Monsieur de Reminy m’avait appelée à la dernière minute pour décorer le lieu de la réception. J’avais donc pris la camionnette et recruté Lucas, le stagiaire qui m’assistait depuis trois semaines. À vingt et un ans, il maniait la cisaille avec une précision surprenante et ne posait jamais de questions inutiles.
Nous étions partis en forêt voisine ramasser ce que la serre ne pouvait offrir : mousse épaisse, écorces rugueuses, branches de houx. Ma jupe crayon entravait mes mouvements, mais le temps pressait. Lucas marchait devant moi, sac de jute sur l’épaule, chemise retroussée sur ses avant-bras. L’air sentait la terre humide et les champignons.
Soudain une brûlure vive traversa ma cuisse droite, puis une seconde, plus haute. Je lâchai mon panier avec un cri étouffé. Lucas se retourna aussitôt.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Je soulevai le tissu sans réfléchir, découvrant deux points rouges sur ma peau. Il s’approcha, sourcils froncés. Sans un mot, il désigna un tronc couché couvert de mousse verdoyante. Je m’y assis, jambes légèrement écartées pour lui faciliter l’accès. Ses doigts effleurèrent l’intérieur de ma cuisse, cherchant le dard.
— Je le vois, murmura-t-il. Ne bouge pas.
Sa bouche se posa sur la piqûre. Il aspira doucement, recracha, recommença. Chaque contact envoyait une onde de chaleur qui n’avait plus rien à voir avec la douleur. Ses cheveux frôlaient la dentelle de ma culotte. Je sentis mon souffle s’accélérer. À vingt et un ans, Lucas n’avait rien d’un adolescent maladroit ; ses gestes étaient sûrs, presque trop sûrs.
Quand il releva la tête, ses yeux sombres rencontrèrent les miens. Il ne demanda pas la permission. Ses lèvres glissèrent sur le tissu fin, embrassant mon sexe à travers la barrière humide. Un gémissement m’échappa. Mes mains trouvèrent ses cheveux, le maintenant contre moi. Il écarta la dentelle d’un doigt, puis de deux. Sa langue trouva mon clitoris gonflé, le caressa avec une lenteur calculée.
Je m’allongeai complètement sur le tronc, jupe remontée jusqu’à la taille. Le bois rugueux griffait mes reins, contraste délicieux avec la douceur de sa bouche. Lucas se redressa, déboutonna ma chemise sans hâte. Mes seins jaillirent du balconnet quand il le fit descendre. Il pinça mes tétons entre ses doigts, les roulant jusqu’à me faire cambrer. Puis il se plaça entre mes cuisses ouvertes, baissa son pantalon d’un geste sec.
Son sexe était épais, veiné, dressé contre mon ventre. Il frotta lentement son gland entre mes lèvres mouillées, recueillant mon excitation. D’un coup de reins, il me pénétra entièrement. Je criai, les oiseaux s’envolèrent autour de nous. Il resta un instant immobile, savourant la chaleur serrée de mon intimité, puis commença à bouger.
Ses mains empoignaient mes hanches, me tirant vers lui à chaque poussée. Le tronc oscillait légèrement sous nos mouvements. Je nouai mes jambes autour de sa taille, talons plantés dans ses fesses fermes. Chaque va-et-vient faisait naître des étincelles au creux de mon ventre. L’odeur de la mousse se mêlait à celle de nos corps en sueur.
Lucas se pencha, mordit la base de mon cou, puis descendit jusqu’à mes seins. Sa langue tournait autour de mes pointes durcies tandis qu’il accélérait le rythme. Je sentais l’orgasme monter, inexorable. Mes ongles griffaient son dos à travers sa chemise. Il grogna contre ma peau.
— Viens, soufflai-je. Maintenant.
Il se redressa, saisit mes chevilles et les posa sur ses épaules. La nouvelle angle le fit entrer plus profond encore. Je jouis violemment, contractions rythmées autour de lui. Il continua à me pilonner pendant mon plaisir, prolongeant chaque spasme. Enfin il se retira, répandit sa semence chaude sur mon ventre et mes seins offerts, marquant ma peau de longues traînées nacrées.
Nous restâmes un moment silencieux, haletants, entourés de fougères et de chants d’oiseaux. Lucas essuya doucement mon ventre avec un mouchoir tiré de sa poche, puis m’aida à me relever. Ma jupe retomba, froissée, tachée de terre et de sève. Il glissa ma culotte dans la poche arrière de son jean avec un sourire en coin.
Nous ramassâmes nos sacs sans un mot superflu. Le soleil descendait derrière les arbres quand nous reprîmes le chemin du manoir. Dans le jardin d’hiver, je terminai les compositions pendant qu’il disposait les branches de lierre le long des colonnes. Chaque fois que nos regards se croisaient, le souvenir de nos corps unis sur le tronc revenait, brûlant.
Les premiers invités arrivèrent à dix-neuf heures précises. Monsieur de Reminy me complimenta sur la décoration. Personne ne remarqua les traces de terre sur mes genoux ni le léger tremblement de mes jambes. Lucas, discret, servait les coupes de champagne. Quand il passa près de moi, il murmura à mon oreille :
— La fête ne fait que commencer.
Plus tard dans la soirée, alors que la musique emplissait la salle de réception, je sentis sa main frôler la mienne. Nous nous éclipsâmes discrètement vers le petit salon attenant au jardin d’hiver. Là, sous la lumière tamisée des appliques anciennes, il me plaqua contre le mur tapissé de soie. Ma robe remonta, ses doigts retrouvèrent mon sexe encore sensible. Cette fois, il me prit debout, lentement, savourant chaque soupir que je ne pouvais retenir.
La nuit s’étira ainsi, entre éclats de rire lointains et gémissements étouffés. Nous rentrâmes à l’aube, épuisés, le corps marqué par les écorces, la mousse et le désir. Le manoir du Loing gardait désormais un nouveau secret, gravé dans la chair et la mémoire des bois qui l’entourent.